VTC : Avec son option éco, Bolt va-t-il relancer la guerre des prix ?

Même si le secteur a été fragilisé par la crise du covid, le marché des VTC français est de plus en plus mature, avec un début de concentration et la plupart des plateformes espérant atteindre la rentabilité cette année ou l’année prochaine. Un mouvement qui a entraîné la fin progressive d’une guerre des prix entre plateformes à grands renforts de cash fourni par le capital risque pour subventionner les courses et attirer toujours plus de clients. Toutefois, une plateforme, l’estonien Bolt, est toujours en phase d’investissement et a relancé les hostilités l’année dernière, tandis que de nouveaux concurrents étrangers bien financés pourraient eux aussi refaire le jeu de la concurrence par les prix.

Présentée comme une manière d’aider les chauffeurs durant la baisse d’activité due à la pandémie, Bolt a lancé en 2020 une nouvelle option low-cost, Bolt éco, avec les prix les plus bas du marché : 5 euros minimum par course, 95 centimes par kilomètre et 25 centimes par minute. Une offre qui a provoqué le mécontentement de certains chauffeurs, comme en attestent de nombreuses discussions sur le sujet sur les forums et chaînes de discussion de chauffeurs sur Telegram, accusant l’offre de précariser davantage la profession. “Avec une course au tarif minimum de 5 euros, il reste 4,10 euros pour le chauffeur après la commission, desquels il faut enlever les charges. C’est dangereux car on éduque les clients à payer toujours moins cher, mais on ne peut pas payer moins cher sans répercussions sur la rentabilité des chauffeurs”, avertit Brahim Ben Ali, secrétaire général du syndicat de chauffeurs VTC INV. 

L’option éco, 30% de l’activité de Bolt

De son côté, Bolt rappelle que l’offre est optionnelle pour les chauffeurs, qui peuvent choisir de rouler uniquement pour la catégorie standard, l’offre la plus chère du marché selon l’entreprise. “Les chauffeurs qui roulent avec l’option éco peuvent également refuser les courses qui ne les intéressent pas comme la loi les y autorise”, rappelle Julien Mouyeket, directeur général de Bolt en France. “Ces prix bas attirent de nouveaux utilisateurs et permettent aux chauffeurs de trouver plus de courses en période de faible demande. Le prix moyen des courses est d’ailleurs supérieur à la catégorie standard, car les clients ont tendance à commander des courses plus longues”, ajoute-t-il. Julien Mouyeket nuance également le cassage des prix, affirmant que l’option éco est seulement 6% moins élevée en moyenne que la deuxième offre la moins chère du marché.  

Si l’option est présentée comme une manière de générer plus de courses grâce à des prix bas en cette période de demande atone, l’option éco va finalement perdurer sur Bolt après la fin de la pandémie, nous confirme l’entreprise. Il faut dire qu’elle représente à présent 30% de l’activité de Bolt en France. Selon les périodes, entre 50 et 65% des chauffeurs de Bolt activent l’option éco. Des chiffres qui montrent qu’au-delà d’une manière de recruter de nouveaux utilisateurs, cette catégorie de courses est devenue une source de revenus essentielle pour la start-up.  

La concurrence s’interroge

Officiellement parce que la demande commence à remonter à mesure que les restrictions sanitaires s’allègent, Bolt a commencé à changer fin mai certains paramètres de l’option éco afin qu’ils soient davantage en faveur des chauffeurs que des clients. Le prix minimum des courses est passé de 5 à 6 euros, les frais d’attente des clients et d’annulation ont augmenté, mais l’essentiel de la tarification, les prix à la minute et au kilomètre, demeure inchangé. “Les frais d’annulation et le prix minimum trop bas font partie des problèmes majeurs que les chauffeurs nous ont remontés ces derniers mois”, reconnaît Julien Mouyeket. 

Chez plusieurs concurrents interrogés, on a en tout cas ressenti le lancement de cette offre qui a cassé les prix, sans savoir exactement dans quelle mesure Bolt leur a piqué des clients, puisque le contexte global demeure à la baisse chez les VTC, en attendant la fin des restrictions. L’un d’eux, qui a souhaité garder l’anonymat, envisage d’ailleurs de s’aligner sur les prix de Bolt. “Si l’offre est un succès, nous devrons nous aligner même si nous n’en avons pas envie. Les chauffeurs qui roulent avec l’option éco ont l’impression de s’y retrouver car ils font beaucoup de courses, mais si les autres plateformes se mettent à faire pareil, on aura juste créé un marché avec des courses à moins d’un euro par kilomètre.”  

Didi et Ola en approche

La réflexion vaut d’ailleurs aussi pour Bolt : si ses concurrents lui emboîtent le pas dans cette baisse des prix, l’entreprise perdra son avantage concurrentiel et n’aura fait que baisser ses marges. Pas de quoi inquiéter Julien Mouyeket, car contrairement à ses concurrents en quête de rentabilité, Bolt est toujours en phase d’investissement. “Bolt a une forte stratégie de captation de parts de marché pour devenir l’alternative à Uber, nous avons donc réalisé des investissements conséquents dans les chauffeurs et la demande”, assume-t-il. L’entreprise parie peut-être que ses concurrents ne s’aligneront pas, quitte à perdre des parts de marché, car ils ont promis à leurs investisseurs d’atteindre la rentabilité.  

Mais la concurrence par les prix pourrait aussi venir de l’étranger. Car à un Bolt toujours agressif viendront s’ajouter les arrivées probables en France en fin d’année de deux poids lourds mondiaux du VTC : l’indien Ola, qui oppose une féroce concurrence à Uber dans son marché domestique, mais surtout Didi. Le leader chinois du VTC a réussi à éjecter Uber de son territoire en 2016 en rachetant son business en Chine en échange d’une prise de participation minoritaire d’Uber dans le nouvel ensemble. Ola, Didi et Uber ont d’ailleurs tous trois l’investisseur Softbank à leur capital. 

Quoiqu’il en soit, cette arrivée de deux mastodontes aux poches profondes devrait accentuer la guerre des prix, puisque le lancement d’un nouveau VTC s’accompagne toujours de codes promos, subventions de courses et autres bonus pour attirer chauffeurs et clients. Ces acteurs ont les moyens de soutenir une politique tarifaire agressive un moment afin de conquérir des parts de marché. Et c’est tout le problème du business des VTC : les barrières à l’entrée sur le marché sont faibles, ce qui fait craindre en permanence aux acteurs établis l’arrivée de concurrents prêts à dépenser pour se faire un nom. Finalement, les années qui viennent de s’écouler n’étaient sans doute qu’une trêve dans l’incessante guerre des prix des VTC.

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