Harcèlement, sexisme, misogynie… Comment réagir en entreprise ?

Selon une étude menée en février 2021 par le collectif #StOpE, 82 % des femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes dans le monde du travail. Un constat partagé par 60 % des hommes. Comment réagir face à ces comportements déviants ? Éléments de réponses.

Les “blagues” misogynes

Huit salariées sur 10 affirment avoir déjà entendues des “blagues” sexistes, selon le collectif #StOpE. 74 % des hommes s’en disent témoins. Très courantes en entreprise, ces plaisanteries qui n’en sont pas relèvent du sexisme ordinaire, le plus difficile à combattre. Et pour cause : “Il est très ancré dans nos schémas et nos représentations”, explique Noémie Le Menn, psychologue du travail et coach professionnelle. Il n’empêche : les femmes doivent réagir. Comment ? Ni en se forçant à rire – cela signifierait qu’elles confirment cette dépréciation d’elles-mêmes – ni en se tournant vers le registre de l’offense. Mais en s’en sortant par le haut. “Communiquer sur ce qui a été dit, nommer la “blague” comme “misogyne”, expliquer que c’est offensant et que ça met mal à l’aise est l’attitude la plus appropriée en entreprise”, indique Noémie Le Menn. “Généralement, lorsque les femmes réagissent en disant que la blague n’est pas drôle ou qu’elles demandent à la personne de répéter, les situations ne se reproduisent plus”, témoigne Isabelle Calvez, DRH du groupe Suez.

La drague “insistante”

La drague est définie comme une interaction consentie entre les deux parties. Si l’une d’entre elles ne l’est pas, cela relève du harcèlement, et c’est un délit puni par le Code pénal. Face aux avances insistantes ou répétées d’un collègue de travail, aux allusions lourdingues ou aux compliments faussement innocents, pour lesquelles un classique “non merci” ne suffit pas, “mieux vaut ne pas se crisper ou sortir les crocs”, conseille Noémie Le Menn. Là encore, “convoquer l’intelligence de l’autre est la bonne stratégie à adopter”, rappelle-t-elle. Cela signifie résumer les faits, de manière factuelle et précise. Par exemple : “C’est la deuxième fois que je te dis non, il faut que tu arrêtes d’insister. Tu risques des sanctions graves parce que tes agissements relèvent du harcèlement sexuel et c’est puni par la loi”. Une fermeté qui suffit généralement pour que la personne harcelante passe son chemin. 

Les remarques sexistes

Outre les surnoms – “ma belle”, “ma petite”, “ma cocotte” – que l’on prête volontiers aux femmes, les remarques sexistes du type “Ne fais pas ta blonde”, “Elle est de mauvaise humeur à cause de ses règles” ou “Va t’occuper de tes enfants” n’ont absolument pas leur place en entreprise. Pour Emmanuelle Larroque, directrice générale de l’association Social Builder, qui défend la mixité dans les métiers du numérique, expliquer est là encore la meilleure parade. “Les femmes qui doivent affronter ces remarques peuvent par exemple expliquer la manière dont elles les accueillent, qu’elles ne souhaitent pas réagir avec humour sur un sujet qui se fait au détriment des autres. Je leur conseille également de chercher des appuis en interne afin que ce vécu soit visible des autres. C’est aussi de cette manière qu’elles réussiront à faire front et à changer la culture de leur entreprise”, explique-t-elle. Pour Isabelle Calvez, le statut de témoin est clé : “Ils ont un rôle normatif vis-à-vis de ces remarques paternalistes.”

Les rumeurs de “promotion canapé”

Dans les entreprises, les rumeurs vont souvent bon train. Et lorsqu’une femme est promue à un poste hiérarchiquement élevé, il arrive que certaines mauvaises langues s’en donnent à cœur joie. Si les rumeurs de “promotion canapé” sont très déstabilisantes, c’est parce qu’elles ramènent les femmes à leur statut de “femme objet” ou à leur caractère sexuel. C’est donc leur probité, leur crédibilité et plus généralement leurs compétences qui sont remises en cause. “Pour contrer ces rumeurs, il faut passer de l’individuel au collectif, c’est-à-dire ne pas rester isolé et inviter ses alliés à s’inscrire en faux par rapport au partage de ces ragots dans l’entreprise”, explique Emmanuelle Larroque. Et même si c’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, “les femmes doivent réussir à se distancier de ce qu’elles entendent et ne pas remettre en cause leurs compétences”, rappelle-t-elle.

La domination patriarcale

Plusieurs études indiquent que les hommes ont tendance à couper la parole deux fois plus que les femmes. Très courante en entreprise, cette pratique s’appelle le “manterrupting” (contraction de man et interrupting). Elle s’accompagne également du “mansplaining”, qui désigne une attitude de domination patriarcale observée lorsqu’un homme explique une idée à une femme alors qu’elle maîtrise parfaitement le sujet. Difficiles à identifier, ces situations aboutissent sur une auto-censure des femmes en entreprise. Le groupe Danone dispose d’un plan d’action pour lutter contre cette forme de sexisme ordinaire. À chaque réunion, le groupe nomme un observateur chargé de compter les interruptions et pratique l’écoute attentive, en laissant 3 secondes de silence avant chaque intervention. Des consignes que peuvent proposer les femmes au sein de leurs équipes.

Le sexisme bienveillant

“Je me souviens de l’histoire d’une cadre dirigeante qui était montée sur une scène lors d’un séminaire pour présenter son projet. Son PDG l’avait annoncé en disant : “Le charme arrive, incarné par Catherine”. En voulant flatter sa collaboratrice, il l’avait finalement infériorisée. Résumer les femmes à des stéréotypes liés à leur gentillesse, leur douceur, leur altruisme, c’est limiter leurs compétences et les valoriser sur des aspects archaïques”, explique Noémie Le Menn. Ces histoires, on en dénombre des tas dans les entreprises. Souvent subtil – parfois même initié par les femmes – le sexisme bienveillant doit lui aussi être combattu. Par exemple en rappelant que les femmes n’ont pas besoin d’être protégées par les hommes, qu’elles veulent qu’on parle avec elles de personne à personne et non de groupe (les hommes) à groupe (les femmes). Un sujet que Suez a adressé en créant un jeu de cartes qui reprend des exemples de sexisme ordinaire. “Pour chacune des situations, les joueurs doivent deviner s’il s’agit de jeu de séduction ou de harcèlement, par exemple. L’objectif est de leur faire prendre conscience des frontières à ne pas dépasser”, explique Isabelle Calvez.

Le “référent harcèlement sexuel et agissements sexistes”

Depuis le 1er janvier 2019, la loi du 5 septembre 2018 sur le harcèlement sexuel et les agissements sexistes institue de nouvelles règles dont la nomination d’un “référent harcèlement sexuel et agissements sexistes” dans les organisations de plus de 250 salariés et/ou dans les nouveaux CSE. Son rôle est de prévenir et de sanctionner les comportements déviants. “Chez Schneider Electric, nous disposons d’une cinquantaine de référents en France chargés de déconstruire les représentations qui créent de l’iniquité au travail et de combattre le sexisme à tous les niveaux de l’entreprise”, illustre Corinne Derboeuf, directrice diversité, Inclusion & QVT du groupe.

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