Cookies pubs : comment les sites d’info français ont répondu aux règles de la Cnil

Après des mois de plaintes quant au péril qui attend les médias français dont le modèle économique est adossé à la publicité et d’AB tests pour essayer de limiter la casse, le grand jour est arrivé : ce 1er avril marque l’entrée en vigueur des nouvelles lignes directrices de la Cnil concernant l’utilisation des cookies et autres traceurs. Sans surprise, ils sont très nombreux dans le top 50 des sites Web généralistes les plus visités en février selon l’ACPM à s’être jetés sur l’interface qui propose trois choix à l’internaute : “Tout accepter”, “Gérer ses choix” et “Continuer sans accepter”.

Ils sont 37 à avoir opté pour cette configuration proposée par la Cnil dans ses recommandations et intéressante à double titre. D’abord, parce que l’internaute qui clique sur “Continuer sans accepter” n’exprime pas un refus définitif comme il le ferait en cliquant sur “Tout refuser”. Dans le premier cas, le média peut faire réapparaître son interface de récolte de consentement dès qu’il le souhaite. Dans le second, il doit patienter plusieurs mois. Ensuite, parce que l’option “Continuer sans accepter” est affichée en haut de la CMP et donc beaucoup moins visible, ce qui favorise évidemment les clics sur l’option “Tout accepter”. “Cette configuration est aujourd’hui la plus performante en matière de taux de consentement”, résume Bruno Delcombel-Delbos, cofondateur de la solution de CMP SFBX.

Les médias français qui ont choisi cette configuration ont néanmoins intérêt à suivre de près le comportement de leurs internautes. Ces derniers, habitués aux interfaces proposant uniquement deux choix : “Tout accepter”  et “Paramétrer”, cliquent pour l’instant machinalement sur la première option. D’où de bons taux de consentement. Cette attitude pourrait évoluer à mesure qu’ils s’habitueront à cette nouvelle configuration. Surtout si la Cnil contraint les médias français à rendre l’option “Continuer sans accepter” un peu plus visible. “L’UX et l’implémentation des interfaces de consentement vont être scrutées de près par le régulateur, qui sera très attentif à l’équilibre entre les choix Accepter et Continuer sans accepter”, prévient Bruno Delcombel-Delbos. Pour rappel, la Cnil impose une symétrie dans la visibilité des options Accepter et Refuser. On en est aujourd’hui très loin, avec un choix de police beaucoup plus réduite et des couleurs moins visibles pour l’option “Continuer sans accepter”. Difficile de croire que le gendarme des données personnelles se satisfera de ces designs.

Saurez-vous retrouver la mention “Continuer sans accepter” ? © Captures d’écran / JDN

Seuls quatre sites proposent l’option “Tout refuser” au premier niveau, sans dégradation du service pour le lecteur. Ils sont tous issus du service public : France Inter, France Culture, France Bleu et Arte. Le site de France Info est le seul à déroger à la règle, avec une interface “Continuer sans accepter”.

Un site semble encore indécis. Il s’agit de L’Equipe, qui propose plusieurs interfaces différentes selon les visites en navigation privée. Une première avec les options “Tout accepter”  et “Tout refuser”, une autre avec l’option “Continuer sans accepter” et une dernière avec l’option “Désactiver les finalités non essentielles”. Dans tous les cas, il est donc possible d’exprimer son refus (temporaire ou non) dès le premier niveau. Celui-ci n’est pour autant pas toujours sans conséquence. Lors d’une visite, nous nous sommes vu proposer, après notre refus, deux options : accepter les cookies ou s’abonner au quotidien sportif. Le quotidien sportif teste donc l’option cookie wall, cette interface qui conditionne l’accès à un site à l’acceptation des cookies publicitaires. Il n’est pas le seul.

Deux autres géants du Web français ont également recours à ce dispositif. Il s’agit de Prisma Media et Webedia (dont aucun des sites n’est dans ce top 50). Le premier propose à l’internaute qui refuse les cookies publicitaires de payer 4,99 euros pour profiter d’un accès sans publicité à l’ensemble de ses sites pendant 1 mois (opération qu’il doit donc renouveler tous les 30 jours). Une offre qui ne devrait pas séduire grand monde mais qui a le mérite d’exister et donc de satisfaire aux exigences de la Cnil qui demande aux médias qui optent pour un cookie wall de proposer une alternative à l’utilisateur qui refuse la dépose de cookies publicitaires.

Cookie wall chez Prisma Media et Webedia

Même démarche chez Webedia, à ceci près que l’éditeur d’Allociné, Jeuxvideo.com ou 750g, semble tout mettre en œuvre pour rendre son offre payante la moins attractive possible. L’utilisateur qui refuse les cookies publicitaires doit débourser deux euros par mois pour continuer à accéder à une version avec publicités (mais non ciblées) d’Allociné par exemple. L’offre est valable pour ce seul site (il doit donc payer deux euros supplémentaires pour accéder à jeuxvideo.com avec des publicités non ciblées) et pour la version Web uniquement (hors application mobile). Webedia précise en effet dans les conditions générales de son offre payante que “pour toute utilisation de l’application sans cookie publicitaire, l’utilisateur devra souscrire à une autre offre directement via l’application.”

“Le deal payant doit être suffisamment juste pour ne pas être considéré par la Cnil comme un simple repoussoir mise en place pour obliger l’utilisateur à consentir”

Une fragmentation de l’offre payante qui alourdit considérablement la facture pour ceux qui voudraient refuser les traceurs publicitaires sur l’ensemble des sites de Webedia et qui pourrait, à en croire Bruno Delcombel-Delbos, attirer l’attention du régulateur. “Ici encore, le sujet c’est la symétrie des choix proposés. Le deal payant doit être suffisamment ‘juste’ pour ne pas être considéré par la Cnil comme un simple repoussoir mis en place pour obliger l’utilisateur à consentir.”

La bourse ou les cookies ? © Capture d’écran

Quelques cas isolés enfin. D’abord, Le Parisien, Footmercato et Le Télégramme qui ne proposent toujours pas d’option refuser au premier niveau. Et ensuite Le Monde, qui a fait le pari de dégrader l’expérience de navigation en cas de refus de l’internaute, en proposant sur une bonne partie de la page un bandeau rappelant l’importance de la publicité ciblée dans son modèle économique et la possibilité de s’abonner. Dans tous les cas, les choix sont loin d’être figés et les médias risquent de faire bouger leur curseur au gré des réactions des internautes et des décisions de la Cnil, qui a annoncé qu’elle lancerait les premiers contrôles début avril…

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