Brexit : quel impact sur l’e-commerce, six mois après ?

Le Royaume-Uni a quitté le marché unique et l’union douanière le 1er janvier 2021, et les effets du Brexit ont été immédiats. D’après l’Office national des statistiques britanniques, l’activité du commerce extérieur au Royaume-Uni a été impactée dès le mois de janvier. Les exportations de biens ont chuté de 19,3% et ce en raison d’une baisse de 40,7% des exportations vers l’Union européenne. Quant aux importations de biens, celles-ci ont diminué de 21,6%, les importations en provenance de l’Union européenne ayant baissé de 28,8%. 

Déclaration des marchandises aux douanes françaises dans les deux sens, contrôle des camions en direction du Royaume-Uni, l’entrée en vigueur du Brexit n’a effectivement pas été une bonne nouvelle pour l’e-commerce. “Nous sommes passé de l’absence de formalités à accomplir dans le cadre d’échanges intra-UE à l’obligation de déposer une déclaration d’importation ou d’exportation s’accompagnant du paiement éventuel de droits, de formalités d’enregistrement auprès de la douane, de mise en place de cautionnement, etc”, précise au JDN la douane française, qui continue d’accompagner les e-commerçants. 

Or la maturité digitale du Royaume-Uni le place comme le premier marché e-commerce en Europe et le troisième dans le monde, après les Etats-Unis et la Chine, d’après Business France. Comment les e-commerçants français ont composé avec ces nouvelles règles ?

TVA : nouveaux deals

Dans un premier temps, et à la suite du Brexit, l’administration fiscale du Royaume-Uni a modifié les règles de TVA sur l’importation des produits e-commerce au Royaume-Uni. Les importations de marchandises à la valeur inférieure ou égale à 135 livres (157 euros) sont soumises à la TVA sur la vente au lieu de la TVA à l’importation. Problème, la TVA sur la vente doit être facturée au consommateur britannique par le vendeur (quelle que soit sa nationalité) lors du paiement. Le vendeur doit ensuite déclarer et payer la TVA collectée via une déclaration de TVA britannique régulière. Sans oublier la déclaration en douane simplifiée mais toujours requise. 

Les marchandises au-dessus de cette valeur sont soumises à la TVA à l’importation. A la livraison, le transporteur demande au client britannique de régler la TVA pour se voir remettre son colis. Dans ce cas, le vendeur ne doit pas facturer la TVA sur la vente, au risque de faire payer deux fois la TVA à son client…

Si le seuil de 135 livres est facilement atteignable dans les secteurs du luxe ou de la mode, d’autres pans du e-commerce enregistrent des paniers moyens moindres. “Ce montant limite a posé la question des montants hors taxes et toutes taxes indiqués aux consommateurs, souligne Romain André, directeur de projet e-commerce chez Synolia, agence web e-commerce et CRM. Malgré les efforts de pédagogie de nos clients e-commerçants auprès des clients britanniques, la mauvaise surprise a engendré un niveau d’insatisfaction important.” En effet, les clients britanniques règlent habituellement leur commande toutes taxes comprises et la TVA à l’importation au moment de la livraison est venue perturber ces acquis. 

Des démarches laborieuses 

Entre des processus longs et fastidieux côté vendeurs, cumulés à une expérience utilisateur en berne côté consommateurs britanniques, le Brexit a mis l’activité du e-commerce à rude épreuve outre-Manche. Six mois après, certains marchands ont choisi de prendre à leur charge la TVA à l’importation à la place de leurs clients, quitte à augmenter leurs coûts fixes.

Une décision que tous les e-commerçants ne peuvent pas assumer. Les clients britanniques de la marque de cosmétiques bio Avril doivent ainsi payer les frais de douanes et des frais de livraison plus élevés de 15,95 euros, contre 8,85 euros avant le Brexit. “Les formalités douanières sont compliquées à gérer pour une entreprise comme la nôtre dans laquelle il n’y a pas de service export”, indique Manon Delhaie, responsable service client et administration des ventes chez Avril. Concrètement, les revendeurs et clients professionnels d’Avril doivent entreprendre les démarches pour obtenir le statut de “Personne Responsable” au Royaume-Uni. Des étapes là encore chronophages. “Les clients professionnels sont démotivés à travailler avec nous en raison des procédures coûteuses et laborieuses”, insiste Manon Delhaie. Pour ces raisons, Avril a un temps envisagé de quitter le marché britannique avant de se raviser et de mobiliser son service qualité sur ce volet.

Abandonner le marché britannique ? 

Si le Brexit complique considérablement les activités commerciales entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, faut-il pour autant abandonner ce marché ? Tel est le parti pris par 3 Suisses pourtant structuré avec un département import. “Suite au Brexit, nous avons cessé nos expéditions en Angleterre. Nous sommes avant tout un e-commerçant français qui opère en France”, nous a précisé le site marchand. 

Si le marché britannique possède un potentiel indéniable avec un ROI rapide, le Brexit nécessite de revoir à la hausse les charges fixes. “Il y a un léger désintérêt pour le Royaume-Uni au profit des pays francophones et ceux d’Europe du Sud, note Romain André. Indéniablement, ce nouveau contexte rebat les cartes de la stratégie des e-commerçants à l’international.” S’il est encore prématuré de comparer l’évolution des volumes d’échanges entre le Royaume-Uni et la France d’après la douane française, qui ne compile ces données que depuis le 1er janvier, “il convient de préciser que, s’agissant du e-commerce, certains envois ne sont pas, à ce jour, soumis à dépôt d’une déclaration en douane comme les achats e-commerce acheminés par voie postale”. Il ne reste qu’à attendre le premier anniversaire du Brexit, où douanes et transporteurs seront en mesure de révéler son impact chiffré pour l’e-commerce français. 

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